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Crise du logement étudiant : "Tous les jours, je fais Amiens-Paris en train"


Photo de Emma Launé-Téreygeol, résidence universitaire à Nanterre


Entre solutions de fortune et habitats insalubres, les étudiants tirent la sonnette d’alarme face à une crise du logement sans précédent. Le déséquilibre entre le nombre d’étudiants et celui des logements accessibles ne cesse de s’accroître, entraînant hausse des prix et dégradation des conditions d’habitat.


Article d'Emma Launé-Téreygeol


"C’est une belle galère pour trouver un logement. La plupart du temps, je fais Amiens-Paris en train." Camille a 26 ans et étudie à la Sorbonne, à Paris. Originaire d’Amiens, elle n’a pas réussi à trouver un appartement pour la rentrée. "Quand les horaires ne me permettent pas de faire le trajet depuis Amiens, je dors chez un ami ou à l'hôtel. Le premier prix c’est 97 euros, ce qui revient quand même à 400 euros la semaine, et avec des cafards." Camille est loin d’être un cas isolé. 250 000 logements manqueraient en France pour les 3 millions d’étudiants et d’étudiantes, selon un rapport remis au Sénat en 2021. Sarah, étudiante dans la même université, doit, elle aussi, faire les allers-retours entre Paris et sa ville natale. "Je cumule les trajets quotidiens entre Rouen et Paris, un itinéraire de 2h30. C’est une perte d’énergie énorme."


12 % des moins de 35 ans ont dû renoncer à poursuivre leurs études, faute de logement

Photo de Emma Launé-Téreygeol, gare Saint-Lazare


20 % des étudiants ont dû retourner vivre chez leurs parents et 12 % des moins de 35 ans ont dû renoncer à poursuivre leurs études faute d’avoir réussi à trouver un toit, selon une étude réalisée par l’institut OpinionWay. D’autres sont même contraints de loger dans des campings par économie ou bien par manque de place dans les résidences, comme le déplorent les syndicats étudiants à Angers, Bordeaux, Rennes, et ailleurs en France. Le syndicat étudiant Union Pirate avait tiré la sonnette d’alarme fin septembre en plantant des tentes devant l’université Rennes 2 pour dénoncer les conditions de logement des étudiants. Cette année, le Crous de Bretagne a d’ailleurs reçu en moyenne quatre candidatures pour une place, a révélé fin août Yann-Eric Prouteau, directeur général du Crous Bretagne.


"Une partie de mon alimentation va devoir passer dans le loyer"

Quand ce ne sont pas les prix des logements qui rebutent, le manque de place handicape grandement les recherches d’appartement. "J’ai commencé à chercher un logement en juillet. Tous les jours j’ai envoyé des dossiers complets qui correspondaient aux critères, et je n’avais toujours rien à la rentrée", se lamente Sarah. L’offre de biens à louer a baissé de moitié en quatre ans, selon une étude du site d’annonces immobilières Bien’ici, un chiffre qui ne fait qu’entériner la grave crise du marché locatif et de l’immobilier que traverse l’Hexagone. Beaucoup d’étudiants se tournent alors vers des alternatives beaucoup plus chères que leur budget par manque d'offres, ce qui n’est pas sans impacter leur qualité de vie. "J’ai trouvé un appartement mais beaucoup plus cher que ce que je voulais, une partie de mon budget alimentation va devoir passer dans le loyer", regrette Camille, qui vient de signer un bail après un mois et demi d’aller-retours entre Amiens et Paris.


Emmanuel Macron avait promis la construction de 60 000 logements lors de son premier quinquennat. Seule la moitié a vu le jour depuis. Le rapport d’activité des Crous rapportait aussi l’an dernier que seulement 2 990 places ont été construites. L’état parfois désastreux des résidences, régulièrement pointé du doigt, a aussi été adressé par l’exécutif. Le gouvernement s’est en effet engagé à rénover plus de 12 000 logements d’ici la fin du quinquennat en juin dernier, un investissement de 300 millions d’euros, une mesure qui se faisait attendre depuis longtemps par les milliers d’étudiants sans toit.


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