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Suppression du ticket de caisse : premiers pas insuffisants ?

La fin de l’impression automatique du ticket de caisse s'applique légalement depuis le 1er août 2023. Si la suppression de ce petit bout de papier finalement peu utilisé par le consommateur tombe sous le sens, son alternative numérique pose de nouvelles questions.




Depuis cette année, ils n'existent plus. Ou en tout cas ne sont plus délivrés automatiquement. Pour obtenir un ticket de caisse, les clients doivent désormais expressément en faire la demande. Une mesure qui s’applique également aux reçus de carte bancaire et aux bons d’achat ou promotions, et dont l’objectif principal est écologique. Il faut dire que l’impression de ces 30 milliards de bouts de papier nécessitent à eux seuls l’abattage de 2,5 millions d’arbres chaque année en France.


D’ailleurs, de nombreux pays ont déjà dit adieu à la pratique depuis longtemps, notamment au Royaume-Uni, où le reçu n’est obligatoire que pour les transactions entre professionnels assujettis à la TVA. Partout ailleurs, les particuliers peuvent demander, ou non, à recevoir un ticket de caisse.


Bien avant l’entrée en vigueur de la loi de notre côté de la manche, de nombreuses enseignes l’appliquaient déjà. Les magasins du groupe Système U, par exemple, avaient déjà franchi le cap en mai 2022 et l’affichaient fièrement. « Pour les 1 600 magasins que nous comptons, c’est, au total, 40 000 kilomètres de rouleau que nous allons pouvoir économiser. Les petits gestes additionnés les uns aux autres finissent par peser lourd », soulignait leur directeur de la communication Thierry Desouches. Même son de cloche dans les enseignes Carrefour, qui avaient annoncé avoir mis fin à la distribution automatique de tickets de caisse dans leurs magasins pour « réduire leur impact environnemental ». Depuis quelque temps, le groupe ne proposait déjà plus systématiquement les tickets pour des montants inférieurs à 20 euros.



Aux caisses de ces hypermarchés, les clients pouvaient donc faire sans ticket de caisse, ou bien demander à le recevoir par mail, comme le proposent aussi certaines chaînes de prêt-à-porter. Dans ses magasins pilotes, Système U constatait que « 40 % des clients répondent ne pas vouloir de leur ticket de caisse imprimé, si on le leur demande lors du passage en caisse ». La fin de la pratique semblait donc répondre à un impératif environnemental sans pénaliser les particuliers. Gagnant-gagnant ?


Le remplacer par un mail, fausse bonne idée


Prudence, tout de même. D’abord parce que si le ticket de caisse fraichement imprimé ne survit que très rarement à la première poubelle croisée, il a tout de même une utilité. 60 millions de consommateurs alerte d’ailleurs ses lecteurs. « Sans ticket, il vous sera souvent impossible de faire valoir la garantie si le produit s’avère défectueux. Vous ne pourrez pas non plus prouver que le produit avarié ou dangereux que vous rapportez a bien été acheté dans ce magasin-là. »


Ensuite, il faut souligner que si l’impact négatif de l’impression du ticket de caisse est incontestable, son envoi par mail n’est pas forcément la bonne solution. En effet, la dématérialisation des tickets génère elle aussi une pollution – numérique, cette fois – loin d’être négligeable. « Un mail envoyé ou reçu utilise le réseau internet, des serveurs. Cela requiert de l’énergie, de l’eau, et cela émet des gaz à effet de serre, explique Amélie Tussert, ingénieure réseaux dans une entreprise de l’est de la France. Un mail envoyé, c’est vingt grammes de CO², imaginez à l’échelle de tous les magasins de France… »

Calculette en main, comparons par exemple l’impact de l’envoie des tickets de caisse par mail à celui d’un déplacement en voiture. Un hypermarché reçoit 150 000 clients par mois en moyenne (selon les chiffres du groupe Auchan). Si tous les tickets de caisse sont envoyés par mail, on parle de 4,5 millions de grammes de CO², soit 54 millions par an. L’équivalent de 450 000 kilomètres parcourus avec une voiture à essence classique. Pour un hypermarché. La France en compte 2 000, et 10 000 supermarchés. Certes, 100% des clients ne demanderont pas à recevoir leur ticket, mais l’impact écologique négatif reste prépondérant. Amélie Tussert abonde. « La pollution numérique dans le monde, c’est une fois à deux fois et demi la consommation d’énergie du transport aérien. Et on tend vers 10 à 15% de la pollution mondiale d’ici 2025. »


Un papier dangereux pour la santé


Reste que le problème du ticket de caisse papier n’est pas anodin, et si sa disparition au profit d’une numérisation remplace une pollution par une autre, il aura au moins le mérite d’éviter aux consommateurs l’exposition à des produits dangereux. Car le ticket de caisse est imprimé sur un papier spécial, avec une encre intégrée, et contient du bisphénol A, un perturbateur endocrinien qui peut entraîner infertilité, malformations génito-urinaires, obésité, cancers… Sa molécule puissante traverse la peau et pollue les eaux lors de son recyclage. Il a été remplacé dans certains magasins par du bisphénol S (BPS), mais Gérard Bapt, médecin et député en 1978 et 1993 puis entre 1997 et 2017, rappelle que ce bisphénol de remplacement n’a pas fait l’objet d’études suffisantes pour garantir son innocuité hormonale.


Deux études japonaises publiées en 2005 et 2006 montraient même que le BPS est également « un perturbateur endocrinien », qui se dégrade « beaucoup plus lentement que le BPA dans les milieux aquatiques » et « très mal dans l’eau de mer où les fleuves l’amènent ». Lorsqu’il était président du groupe d’étude « Santé environnementale » à l’Assemblée nationale, Gérard Bapt avait d’ailleurs estimé que par précaution, les caissières susceptibles d’être enceintes ne devraient pas manipuler les tickets de caisse.


La suppression de ce petit bout de papier finalement peu utilisé par le consommateur est donc sans aucun doute un premier pas. Mais sa numérisation n’est pas une alternative satisfaisante. En outre, la communication dithyrambique des magasins sur leur action environnementale est à nuancer. Les hypermarchés et supermarchés sont en effet responsables de 40% de la pollution plastique mondiale, selon les données de Our World in Data sur les emballages alimentaires, et ont envoyé 20 milliards de prospectus dans les boites aux lettres des Français en 2020.


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