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Claire Thoury au CESE : et si la société civile organisée revenait au centre du jeu ?

L’élection de Claire Thoury à la présidence du Conseil économique, social et environnemental est plus qu’un changement de visage à la tête d’une institution méconnue. Elle marque l’arrivée d’une figure du monde associatif à la tête de la “troisième chambre” de la République, au moment même où la démocratie a besoin de retrouver des lieux de dialogue, de conflit organisé et de construction collective.


Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif, est élue à la présidence du Conseil économique, social et environnemental. Une élection qui marque l’arrivée d’une figure du monde associatif à la tête de la “chambre de la société civile organisée”.
Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif, est élue à la présidence du Conseil économique, social et environnemental. Une élection qui marque l’arrivée d’une figure du monde associatif à la tête de la “chambre de la société civile organisée”.


Un édito de Nicolas Bigards


Il y a des élections institutionnelles qui passent inaperçues. Elles se déroulent loin du bruit médiatique, loin des plateaux permanents, loin de cette politique réduite à l’affrontement de postures. L’élection de Claire Thoury à la présidence du Conseil économique, social et environnemental mérite pourtant qu’on s’y arrête.

Ce n’est pas seulement la première femme portée à la présidence de cette institution. C’est aussi l’arrivée d’une personnalité issue du monde associatif à la tête d’un lieu qui prétend représenter la société civile organisée.


Claire Thoury préside Le Mouvement associatif, qui représente une part considérable du tissu associatif français, et siège au CESE depuis 2021 au sein du groupe des associations. Elle a aussi présidé la gouvernance de la Convention citoyenne sur la fin de vie, expérience qui l’a placée au cœur d’un exercice démocratique exigeant : faire travailler ensemble des citoyennes et citoyens tirés au sort, des experts, des sensibilités différentes, sur une question intime, politique et collective.


Ce parcours compte. Car le CESE est précisément censé être cela : un espace où le pays ne se réduit pas à l’État, au marché et aux individus isolés. Un espace où les associations, les syndicats, les mutuelles, les coopératives, les organisations environnementales, les acteurs économiques et sociaux peuvent faire entendre ce qu’ils savent du réel. Non pas depuis les sondages ou les éléments de langage, mais depuis les terrains où se fabriquent encore du lien social, de la solidarité, du débat, du soin, de l’engagement.


Dans un moment de défiance profonde à l’égard des institutions, ce n’est pas secondaire.


Depuis des années, les associations alertent. Elles voient monter les besoins sociaux. Elles voient s’abîmer les liens de confiance. Elles voient les jeunesses chercher des formes d’engagement qui ne passent plus toujours par les cadres politiques traditionnels. Elles voient les fractures territoriales, démocratiques, écologiques. Et dans le même temps, elles sont fragilisées par la baisse des moyens, l’instabilité des financements, la multiplication des appels à projets, la logique de mise en concurrence permanente.


On leur demande d’être partout : dans les quartiers, dans les villages, auprès des jeunes, des personnes âgées, des personnes précaires, dans la culture, le sport, l’éducation populaire, l’environnement, la solidarité. Mais on les traite trop souvent comme des opérateurs supplétifs, des prestataires bon marché, des amortisseurs de crise. Comme si leur rôle démocratique était secondaire.

Il ne l’est pas.


Le CESE lui-même l’a rappelé en 2024 dans un avis au titre limpide : “Renforcer le financement des associations : une urgence démocratique”. L’avis insistait sur la nécessité de mieux soutenir les associations, non comme une dépense accessoire, mais comme une condition de vitalité démocratique.

C’est pourquoi l’élection de Claire Thoury a une portée particulière. Elle intervient dans un moment où l’on parle beaucoup de crise démocratique, mais où l’on oublie souvent celles et ceux qui, chaque jour, maintiennent encore des espaces de participation, de solidarité et de conflictualité civilisée.


Le CESE est parfois critiqué. Il est parfois jugé lointain, technocratique, trop peu audible. Ces critiques ne sont pas toutes infondées. Mais précisément : l’enjeu n’est pas de défendre une institution pour elle-même. L’enjeu est de savoir si elle peut redevenir utile. Utile à la démocratie. Utile au débat public. Utile à la décision politique. Utile à celles et ceux qui ne trouvent plus leur place dans un espace public saturé par la vitesse, l’invective et la mise en scène permanente du désaccord.


Dans une société fragmentée, nous avons besoin de lieux où les désaccords ne sont pas effacés, mais travaillés. De lieux où les compromis ne sont pas des renoncements, mais des constructions. De lieux où les expériences de terrain peuvent peser face aux logiques descendantes. De lieux où la parole organisée de la société ne soit pas simplement consultée pour la forme, mais réellement prise au sérieux.


C’est cela, le signal politique.


Non pas l’illusion qu’une présidence du CESE suffit à transformer la démocratie française. Mais l’idée qu’il faut cesser de considérer la société civile organisée comme un décor. Les associations, les syndicats, les coopératives, les mutuelles, les collectifs citoyens ne sont pas des suppléments d’âme. Ils sont des infrastructures démocratiques.


Et quand ces infrastructures s’affaiblissent, c’est toute la démocratie qui se fragilise.


À l’heure où le débat public se crispe, où l’extrême droite prospère sur l’abandon et la défiance, où les politiques publiques peinent à se construire avec celles et ceux qui les vivent, l’enjeu est clair : il faut redonner du poids aux corps intermédiaires. Non pour confisquer la parole citoyenne, mais pour l’organiser, la relier, la rendre audible, durable, agissante.


Avec Claire Thoury à la présidence du CESE, cette élection ouvre donc une possibilité : replacer l’engagement associatif, l’économie sociale et solidaire, les formes collectives de participation et les savoirs de terrain au cœur de la vie démocratique.


La démocratie ne se joue pas seulement dans les institutions électives. Elle ne se joue pas seulement tous les cinq ans. Elle se joue aussi dans les assemblées locales, les associations de quartier, les radios associatives, les collectifs d’habitants, les lieux culturels, les tiers-lieux, les syndicats, les mutuelles, les coopératives, les mobilisations patientes et souvent invisibles.


Elle se joue partout où des femmes et des hommes refusent d’être seulement administrés, ciblés, évalués, gouvernés d’en haut.


Elle se joue partout où l’on apprend encore à faire société.


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