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VIH : Arame Mbodje alerte sur la désinformation


de Alice Alexandre


Vaccin imaginaire, fausses croyances sur la transmission, peur du dépistage : chez les jeunes, la désinformation autour du VIH et des IST gagne du terrain. Arame Mbodje, directrice de Sida Info Service et médecin, plaide pour une prévention renouvelée, plus proche du terrain et mieux adaptée aux usages des nouvelles générations.


Illustration d’une discussion entre une jeune personne et une professionnelle de santé autour de la prévention du VIH, des IST et de la lutte contre la désinformation.
Informer, écouter, prévenir : un enjeu central face à la désinformation sur le VIH.


Des jeunes plus exposés, malgré une information partout disponible


Selon le dernier rapport de Santé publique France, les jeunes sont en première ligne face aux Infections Sexuellement Transmissibles. VIH, chlamydia, syphilis, hépatite B, blennorragie gonococcique ou encore papillomavirus : les compteurs s'affolent.

Entre 2014 et 2023, le taux de découverte de séropositivité chez les 15-24 ans a bondi de 41 %. Une hausse spectaculaire qui contraste violemment avec la baisse de 15 % observée chez l’ensemble des 26-49 ans sur la même période.


Alors, comment en est-on arrivé là ?


Quand les fausses croyances reviennent

Une des réponses peut être résumée par un mot : désinformation. Mais pas seulement. L’information n’a jamais été aussi accessible, mais jamais la production de connaissance n’a été aussi fragile… Une fausse impression de maîtrise, largement alimentée par les réseaux sociaux où fake news, approximations, théories du complot circulent à vitesse grand V, sans contrôle préalable.

Arame Mbodje, directrice de Sida Info Service et médecin, le constate régulièrement :  « Il y avait une idée préconçue : le VIH pouvait se transmettre par le moustique (…) ou bien chez le coiffeur, chez le barbier. (…) Ce sont des choses qu’on entendait, qu’on entend encore, et qui reviennent aujourd’hui. Donc on essaye de reconstruire tout ça et de leur faire comprendre que ça ne se transmet pas comme ça et pourquoi ça ne se transmet pas comme ça.”.


Vaccin imaginaire, guérison supposée : les idées reçues persistent


Les résultats d'une enquête OpinionWay de 2026 corroborent d'ailleurs ces idées préconçues surprenantes : 4 jeunes sur 10 pensent encore qu’il existe un vaccin contre le VIH. Près de 40 % s’imaginent qu’on peut en guérir. Aussi, les vieux préjugés résistent : 39 % croient toujours que le virus se transmet par un simple baiser, tandis que 77 % ignorent qu’une personne séropositive sous traitement efficace ne transmet plus le virus.


Face à ce fossé entre la réalité médicale et la désinformation des jeunes, la prévention doit se réinventer. Arame Mbodje constate chaque jour les dégâts de ces discours sensationnalistes et erronés sur le terrain : “Les réseaux sociaux, c'est ça le problème, c’est qu’il y a tout là-dedans. Maintenant on le voit, beaucoup de désinformations, beaucoup de fake news. On essaie de déconstruire ça avec nos petits moyens et on s’appuie aussi sur des professionnels de la santé pour nous aider aussi à faire passer les messages. (…) {notre rôle} c’est d’essayer, lorsque l’on voit des fake news, de rectifier, d’apporter des informations.


La désinformation nourrit aussi la honte


Cette désinformation n’a pas que des effets sur les comportements de prévention, elle nourrit aussi une sérophobie latente. Derrière les fausses croyances se cachent souvent la gêne, le tabou et la culpabilité. Près d’un jeune sur deux avoue ressentir de la honte à l’idée d’être potentiellement concerné par une IST. Et c’est ce silence qui est dangereux. La honte paralyse, elle pousse à fuir les centres de dépistage et bloque le dialogue.


Parallèlement à cette peur, on assiste à une étonnante banalisation des risques. Dans une enquête menée par l’association Aides, les chiffres parlent d'eux-mêmes : si 60 % des 15-24 ans déclarent avoir eu une activité sexuelle au cours des douze derniers mois, ils sont 62 % à admettre ne pas se protéger systématiquement. On ne se protège plus, une partie des jeunes ne se protège pas systématiquement et on a peur de savoir si l’on est infecté.e ou non.


Retourner sur le terrain, parler sans tabou


Alors, comment briser ce cercle vicieux ? Comment réussir à informer et sensibiliser une génération qui s'informe différemment ? Pour la directrice du SIS, les réponses passent d’abord par le terrain, l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle et des outils plus adaptés aux jeunes : “L’EVARS (éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité), on aimerait bien. D’ailleurs nous nous sommes inscrits dans le 93, car c'est là où l’on a le plus d’actions. Dans un collège / lycée, nous avons déposé un appel à projet EVARS. Pour nous, c'est important, ça permet de former et d’informer les jeunes qui vont ensuite rentrer dans la vie sexuelle active. Donc oui c'est très important. (…) Au collège on peut aussi parler de la lutte contre l’homophobie. Nous avons d’ailleurs un dispositif qui s’appelle Écoute contre l’homophobie et qui est dans des collèges et les lycées justement pour lutter contre ça. (…) On peut aussi parler de la lutte contre la transphobie. (…) On a par ailleurs beaucoup de lycées qui nous commandent des préservatifs, puisqu’on les distribue gratuitement. Et nous avons aussi créé des outils pour les lycées : un jeu de 7 familles qui s’appelle : Les affreuses IST. (…) Ça permet la discussion.


Les programmes d’éducation à la vie sexuelle et affective restent le moyen de sensibilisation le plus efficace et à privilégier pour toucher un public plus large. 


Prévenir coûte moins cher que réparer


Pour mener ces actions de terrain, les associations ont besoin de moyens, et surtout de moyens financiers. Or, la réalité budgétaire est rude. Le secteur associatif est aujourd'hui mis à mal par la baisse des subventions publiques nationales de 2,2 milliards d’euros entre 2023 et 2024 selon le Conseil économique, social et environnemental. Arame Mbodje confirme cette difficulté : “On essaye de tenir avec les subventions qui baissent, on essaye de solliciter d'autres cofinancements, mais en sachant que si c'est des cofinancements publics, le problème reste un peu le même. On essaye de trouver des niches où on peut s'accrocher, éventuellement, et avoir des subventions. On sollicite pas mal le secteur privé, les labos, les autres structures qui peuvent nous financer. Pour l'instant, on tient, mais si ça continue à baisser, oui, on ne va plus tenir. Ça va être compliqué.


Un enjeu de santé publique à l’approche de 2027


À l'approche de 2027, cette fragilité interroge aussi l'avenir des politiques publiques de prévention, en particulier dans un contexte où les discours réactionnaires sur la santé sexuelle, les minorités et les libertés associatives gagnent en visibilité.


Pourtant, la lutte contre les IST ne peut pas attendre les arbitrages politiques. Elle se joue ici et maintenant. Alors pour vous, pour vos partenaires, brisons les tabous : protégez-vous, faites-vous tester, dépister. Pour toute question, n'hésitez pas à vous tourner vers les équipes de Sida Info Service sur leur ligne d’écoute au 0 800 84 08 00 ouverte 7j/7 de 8h à 23h.

 

 


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