Rencontre régénérationnelle : et si c’était mieux maintenant ?
de Laurène Thiéry
Pour cette 8ème "rencontre régénérationnelle", l’Assurance retraite Île-de-France et Makesense ont souhaité faire dialoguer les générations sur trois thématiques : le travail, l’environnement et le lien social. Au fil des échanges, la nostalgie du « temps d’avant » laisse place à une question : qu’avons-nous à apprendre les uns des autres ?

Mardi 22 septembre, 19h, devant la Gaîté Lyrique. Une foule de jeunes adultes attend avec impatience le début du concert du rappeur Moha MMZ. Quelques mètres plus haut, une foule - moins jeune - est assise dans l’auditoire pour l’événement “C’était mieux avant”. Le concept : s’écouter et échanger entre générations sur des thématiques du vivre ensemble. Pour cette édition, Victor Quilichini, Jérôme Friteau et Birgit Müller ont été invités pour tenter de répondre à des questions existentielles, à commencer par “à partir de quand définit-on le temps d’avant ?”
Le rapport au travail change, l’envie de travailler demeure
La soirée commence par un rapide tour de table pour savoir ce que les invités du soir souhaiteraient ressusciter du passé ou conserver du présent. Pour Birgit Müller, anthropologue et fondatrice de l’association Les Mamies pour le Futur pour que les aînées puissent soutenir les jeunes générations, la réponse est sans appel : elle aimerait ressusciter l’insouciance du temps d’avant, tout en conservant "les initiatives incroyables des nouvelles générations", à l’image des Soulèvements de la Terre.
Jérôme Friteau, DRH transformateur de la CNAV, aimerait quant à lui ressusciter les temps morts, ces précieux moments d’ennui que l’on ne prend plus le temps de vivre. Et l’acquis du présent qu’il ne sacrifierait pour rien au monde ? C’est la faculté qu’ont les jeunes générations à oser dire quand elles ne vont pas bien au travail. Une nouveauté encore fragile à préserver pour continuer le travail déjà mené sur la santé mentale en entreprise.
“Dans les années 80, on passait beaucoup de temps au travail en regardant les autres. Ce n’est plus le cas, et c’est une bonne nouvelle.” Jérôme Friteau
Finis les horaires à rallonge pour faire plaisir au patron. L’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle est au centre des préoccupations des jeunes. Ils osent aussi questionner la pertinence des réunions et le sens de leurs tâches. La semaine de travail est plus hybride, mais cela ne veut pas dire qu’ils font moins. “Il font par contre moins semblant” complète Jérôme Friteau, en rappelant la statistique de l’Institut Montaigne publiée en avril 2025 qui rapporte que 80 % des jeunes de 16 à 30 ans affirment qu'ils continueraient à travailler même s'ils n'en avaient pas le besoin financier.
Plus culottés, ou plutôt plus décidés, les jeunes ont fait tomber le mythe du CDI. À l’image du troisième intervenant, Victor Quilichini. À seulement 25 ans, ce vidéaste activiste pour le vivant et cofondateur de all4trees a réalisé son deuxième court-métrage pour répondre à la question de sa génération “Peut-on encore être optimiste ?” En tant que freelance, il illustre à la perfection les propos de Jérôme Friteau sur le besoin de liberté et de sens dans son quotidien professionnel… Même s’il confesse s’imposer la rigueur du rythme de travail de 9h à 17h, car c’est encore bel et bien le tempo de la majorité de la population !
L’écologie, c’était mieux avant ?
Peut-on encore être optimiste sur l’avenir de la planète ? C’est la question que l’on pose le plus à l’activiste Victor Quilichini. Pour lui, le faire-ensemble peut encore nous sauver. “J’ai fondé une association quand j’avais 14 ans. J’ai eu la chance d’être entouré par des personnes qui avaient 15 ans de plus et qui m’ont tout appris” se souvient-il lorsqu’on l’interroge sur sa vocation et sa vision de la transmission intergénérationnelle. Dans son premier documentaire sur le climat “J’ai vu”, il a d’ailleurs pu constater que beaucoup de seniors s'investissent pour la planète, à l’image du mouvement Grands-Parents pour le Climat.
Même constat pour Birgit Müller et son association Les Mamies pour le Futur qui mobilise des femmes seniors pour célébrer les actions positives menées pour l’avenir de la planète. En plus de ces événements, elles font des propositions politiques concrètes pour le futur. Leur dernier combat en date : la lutte contre l'obsolescence programmée. Grâce à leurs voix, elles ont ainsi obtenu un renforcement de la loi. “En agissant ensemble, on se sent beaucoup mieux” confie la fondatrice du mouvement.
Le lien comme dénominateur commun
Peu importe la thématique des échanges, la peur de la perte du lien s’impose comme le fil rouge de la soirée. Et comment ne pas parler du lien sans parler de la place que prennent les smartphones dans nos vies ? Birgit Müller désamorce tout de suite la bombe : “Quand je suis arrivée à Paris pour la première fois, les gens dans le métro s’ennuyaient, se regardaient. Il ne faut pas croire, l’époque sans portable n’était pas plus gaie !”
La question n’est donc pas de blâmer la place que le téléphone prend dans nos vies, mais plutôt d’en comprendre ses nouveaux usages. “Nous sommes dans une époque où l’on est joignable tout le temps, mais quand on appelle un jeune collaborateur sans l’avoir prévu, ça l’étonne. Il y a un paradoxe entre la disponibilité permanente et la réalité terrain” constate Jérôme Friteau dans le cadre des relations en entreprise. Quant à Victor Quilichini, il relève le paradoxe de voir de plus en plus de contenus créés et en parallèle de plus en plus d’applications pour bloquer l’usage des smartphones et se cadrer.
Le smartphone hier, l’IA demain : nous constatons que chaque progrès technologique majeur a tendance à provoquer l’effet “c’était mieux avant”. Et c’est cette peur de l’inconnu, de la non-maîtrise de l’avenir, qu’il faut parvenir à dompter. Nul doute que le partage d’expérience et l’échange intergénérationnel sont des outils efficaces pour apaiser ces craintes et tout simplement se dire que c’est très bien, ici et maintenant.
La prochaine rencontre "Régénérationnelle", consacrée à la transmission, est prévue en décembre. Les informations pratiques seront publiées sur l’agenda de makesense.
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